
Deuil d'un proche : traverser les premiers mois à Paris

Caroline Decosse
Psychopraticienne · Paris
Quand le quotidien vacille après une perte
Vous vous réveillez et, pendant une seconde, tout semble normal. Puis la réalité revient. Les démarches s'enchaînent, le téléphone sonne, et vous avez parfois l'impression de jouer un rôle ou de regarder votre vie de l'extérieur.
Si cela vous ressemble, sachez que ces moments sont fréquemment décrits par les personnes en deuil. Je les entends régulièrement dans mon cabinet à Paris, et ils n'ont rien de honteux.
Ce que le deuil peut produire au quotidien
Chaque personne le vit à sa façon. Voici ce que l'on rapporte souvent dans les premières semaines :
- Une fatigue inhabituelle, un sommeil perturbé ou, au contraire, un besoin de dormir sans cesse
- Des difficultés de concentration, des oublis, une sensation de brouillard
- Un appétit modifié : repas sautés ou grignotage
- Des émotions qui se succèdent : tristesse, colère, culpabilité, parfois soulagement, parfois vide
- Une sensation d'engourdissement, comme si rien n'était tout à fait réel
À Paris, le rythme de la ville ne ralentit pas. Les trajets, le travail, l'éloignement de la famille ou le quasi-anonymat du voisinage peuvent donner le sentiment d'être seul avec sa peine alors que tout continue autour. Certaines personnes trouvent que ce contraste rend les premiers mois plus pesants.
Des « étapes » qui ne forment pas une ligne droite
Vous avez peut-être entendu parler des cinq étapes du deuil : déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation. Ces repères peuvent aider à mettre des mots sur ce qui se passe, mais ils ne sont pas un parcours obligatoire.
On peut passer d'une émotion à l'autre, revenir en arrière, ressentir plusieurs choses le même jour. Il n'existe pas de durée standard ni de bonne manière de traverser cette période.
Le deuil n'est pas une épreuve à réussir. C'est une expérience à traverser, à votre rythme, avec les appuis dont vous avez besoin.
Des repères pour avancer pas à pas
Dans les premiers mois, l'objectif n'est pas d'aller mieux vite. Il s'agit plutôt de préserver vos ressources pendant que la douleur est là. Voici quelques pistes que certaines personnes trouvent utiles.
Alléger ce qui peut l'être
- Limitez-vous à une ou deux tâches par jour lorsque c'est possible, surtout pour les démarches administratives.
- Formulez des demandes précises à vos proches : « Pouvez-vous appeler la banque pour moi ? » est souvent plus facile à accueillir que « J'aurais besoin d'aide ».
- Gardez quelques repères simples : des horaires de repas et de coucher réguliers peuvent offrir un cadre quand tout le reste vacille.
- Laissez de la place aux larmes comme aux moments de répit. Rire ou penser à autre chose ne signifie pas oublier la personne disparue.
Un exercice d'ancrage de 3 minutes
Quand la peine déborde ou que la tête tourne, cet exercice peut contribuer à retrouver un appui. Vous pouvez l'essayer dès maintenant.
- Asseyez-vous, les pieds à plat au sol, les mains posées sur les cuisses. Sentez les points de contact pendant 30 secondes.
- Inspirez par le nez pendant 4 secondes, puis expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Répétez 6 fois, soit environ 1 minute.
- Repérez 3 choses que vous voyez, 2 que vous entendez, 1 que vous sentez au contact de votre corps (le tissu, la chaise, l'air). Comptez environ 30 secondes.
- Posez une main sur la poitrine et dites, à voix haute ou intérieurement : « C'est dur, et je fais ce que je peux. » Restez ainsi 30 secondes.
Cet exercice ne fait pas disparaître la peine. Il peut simplement offrir une pause, que vous pouvez répéter plusieurs fois par jour.
Anticiper les dates sensibles
Anniversaires, fêtes, premier week-end sans l'autre : certaines dates peuvent raviver la douleur. Prévoir à l'avance qui sera près de vous, ou ce que vous avez envie de faire ce jour-là, peut alléger l'attente. Attentive à votre rythme, je vous invite à vous autoriser à changer d'avis.
Quand consulter ?
Il n'y a pas de « bon moment » ni de seuil à atteindre pour demander de l'aide. Vous pouvez prendre rendez-vous dès que vous sentez que vous n'avez plus envie de porter cela sans soutien.
Voici des situations dans lesquelles consulter un professionnel peut être précieux :
- Vous avez le sentiment de tourner en rond dans la douleur, sans espace pour en parler
- Le sommeil, l'appétit ou la concentration restent très perturbés depuis plusieurs semaines
- Vous évitez vos proches ou vous vous sentez coupé du monde
- La culpabilité, la colère ou les images de la perte reviennent sans cesse
- Votre entourage ne sait plus quoi dire, ou vous ne voulez pas le surcharger
En tant que psychopraticienne, je vous propose un espace d'écoute confidentiel, sans jugement, où vous pouvez déposer ce qui est difficile à dire ailleurs. Nous avançons à votre rythme, sans attente de résultat.
Mon accompagnement ne remplace pas un avis médical. Si votre état physique vous inquiète, parlez-en à votre médecin traitant. Si des pensées sombres ou l'idée de mettre fin à vos jours apparaissent, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) ou le 15 en cas d'urgence.